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La province de Québec,la grande championne équestre au Canada!

Posté le 21/02/2017

Mais qu’ont donc les Québécoises à tant utiliser les étriers de la salle d’accouchement? Serait-ce une réelle préférence des femmes ou une nécessité médicale qui contribue à sauver des vies? Et bien, laissez-moi élucider pour vous cette question philosophique : ce n’est ni l’un, ni l’autre!

Il a été prouvé mainte et mainte fois que la pire position pour accoucher était le décubitus dorsal et/ou la position semi-assise avec les pieds dans les étriers puisque la pression exercé sur le sacrum peut non seulement être extrêmement dérangeante, voire douloureuse, mais qu’en plus, cela peut ralentir la descente du bébé pendant la poussée! Plusieurs spécialistes en parlent d’ailleurs :

«Au moment de l’expulsion, la position allongée sur le dos est la moins propice de toutes, car elle impose de pousser à l’horizontale, alors que la position verticale, ou accroupie, ou à quatre pattes, permet encore une fois à la gravité d’aider la progression du bébé à travers le bassin. […] plusieurs revues générales de la littérature médicale effectuées par la Cochrane Collaboration, une institution indépendante qui analyse les données scientifiques, ont conclu que :

- Les femmes devraient être autorisées à changer de position quand elles le veulent pendant le travail. […]

- Les accouchements sur le dos s’accompagnent d’une plus grande utilisation de forceps et d’un recours plus fréquent aux épisiotomies. Ils sont plus douloureux pour la mère et s’accompagnent de troubles du rythme cardiaque foetal plus fréquents. » [1]

Pourtant, la province de Québec arrive en première position en «gynécologie équestre» au Canada avec une utilisation à près de 80%[2] des étriers lors de la phase de la poussée.

Si les sages-femmes sont prêtes à faire nombre d’acrobaties pour s’adapter à leurs clientes, les médecins eux, n’y sont pas préparés dans leur formation. Et il faut les comprendre. En premiers soins, en soins infirmiers et fort probablement en médecine également, on apprend aux étudiants à préserver leur intégrité physique pour pouvoir être en mesure d’aider le plus de gens possible. Ainsi, les infirmières montent et descendent les lits pour que ceux-ci soient à une hauteur acceptable pour ne pas qu’elles aient à se pencher et les secouristes ne font pas de déplacements qui ne sont pas nécessaires. Dans cette optique, il est donc normal qu’on demande à la parturiente de se descendre encore un peu les fesses sur le bord du lit d’accouchement afin que le médecin soit bien confortable pour procéder à la délivrance. Mais, en tant qu’accompagnante à la naissance qui prône l’adaptation du professionnel à la femme enceinte et non pas l’adaptation de la femme enceinte à son professionnel, suis-je pour autant pour une mise en danger de mon intégrité physique? Bien sûr que non! Je crois sincèrement que l’on peut faire les deux… avec un peu d’imagination.

Personnellement, je trouve qu’il n’y a rien de plus beau au monde que de voir un médecin à quatre pattes dans une salle d’accouchement avec une lampe de poche pour suivre l’avancement du travail de sa cliente qui, pour son propre confort et de son propre chef, a décidé qu’elle ferait ça accroupie devant son lit avec son conjoint qui la tient en suspension derrière elle. Mais si une urgence survenait? Et si le bébé restait coincé? Et si… et si! Le médecin pourrait mieux intervenir si la femme était gentiment couchée sur le dos dans son lit, non? Il pourrait lui sauver la vie et celle de son bébé! À cela je répondrais qu’une urgence obstétricale n’est que très rarement urgente à la seconde près. Qu’est-ce qu’une petite minute pour se positionner en vue d’une manœuvre quand on sait qu’à partir du moment où une césarienne est jugée nécessaire il faut en moyenne un délai de 30 min pour réunir une équipe?

Il n’y a que très peu de situations où il est vraiment préférable de se mettre en position gynécologique pour la poussée. En fait, même quand le bébé est coincé, il est préférable que la maman bouge et change de position durant la poussée pour favoriser justement son passage.

Choisir sa position pour accoucher est un droit et d’autres provinces au Canada ont commencé à le comprendre…  Selon la dernière enquête canadienne sur l’expérience de la maternité, au Yukon, par exemple, on note le taux le plus faible d’utilisation du décubitus dorsal avec un peu plus de 20%, suivi de l’Île-du-Prince-Édouard avec plus ou moins 25% et les Territoires du Nord-Ouest avec plus ou moins 35%. L’Ontario et le Québec font piètre figure avec leur 50% et 60% respectifs!

De plus, il semblerait que toutes les femmes ne sont pas égales quant aux droits des femmes enceintes. Dans plusieurs pays, les femmes qui présentent des grossesses jugées «anormales» ici peuvent accoucher sur le côté, accroupi, à quatre pattes, dans l’eau, à la maison… même si bébé est en siège! Mais ce n’est évidemment pas le cas au Québec. Quand on sait que près de 80% des Québécoises accouchent les pieds dans les étriers, même si je n’ai pas trouvé de statistiques à ce sujet, je serais portée à dire que pour le part, 99% des gémellipares accouchent en position gynécologique… Mais pourquoi, serez-vous tenté de me demander… Pourquoi forcer les femmes à accoucher en position gynécologique? «Parce que vous avez une grossesse à risque, madame!» Une petite phrase facile à dire qui joue sur la culpabilité des femmes de potentiellement mettre leur enfant en danger en faisant passer leur confort en premier et qui rend toute contestation irrecevable. Oui, par définition, quand on est suivi en clinique GARE, c’est que notre situation comporte plus de risques et que, donc,  les chances que l’équipe médicale a à intervenir sont plus élevées… mais est-ce une raison suffisante pour obliger les femmes à se mettre dans, je le rappelle, la pire position pour accoucher? Parce que… tant que tout va bien… tout va bien, non?

Pour en revenir à ma première question, à savoir si les Québécoises ont réellement une préférence pour la position gynécologique, je dirais qu’il y a fort à parier que ce ne soit pas le cas. En effet, lorsqu’on regarde dans l’histoire de l’humanité, les nombreuses variations de positions d’accouchement représentées dans l’art[3] nous prouvent que très rarement les femmes ont, de tout temps, pris spontanément une telle position. Les sculptures grecques, les bas-reliefs égyptiens, les poteries amérindiennes, les représentations perses; toutes ces œuvres montrent la plupart du temps des femmes accroupies, à quatre pattes ou encore en suspension au moyen d’un arbre ou d’une corde. Et, lorsque les femmes sont représentées semi-assises, elles n’ont jamais le dos courbé en forme de «C» comme on nous l’enseigne de nos jours lors de la poussée, mais bien arqué vers l’arrière avec les bras, plus souvent qu’autrement, en extension. À l’échelle historique, les étriers du lit d’accouchement ne sont qu’un soubresaut étrange d’à peine une centaine d’années et de plus en plus de femmes les boudent avec conviction.

En cette Semaine mondiale de l’accouchement respecté, j’encourage toutes les femmes du Québec à faire descendre cette statistique équestre et à refuser qu’on leur impose une position le jour de leur accouchement que ce soit pour des principes administratifs, sécuritaires ou de confort. Parce que… C’est ma décision, mon corps, mon bébé!

Karine Forget
Accompagnante à la naissance et conférencière
Enseignante à l'École périnatale La venue de la cigogne

 

Sources :
WINCKLER Martin, Travail et accouchement : révisez vos positions!, passeport santé, <http://www.passeportsante.net/fr/Communaute/Blogue/Fiche.aspx?doc=travail-et-accouchement-revisez-vos-positionsetnbsp>, consulté le 28 avril 2016.

Agence de la santé publique du Canada, Ce que disent les mères : l’Enquête canadienne sur l’expérience de la maternité, Ottawa, 2009. < http://www.santepublique.gc.ca/eem >

Well-Rounded Mama, Historical and Traditional Birthing Positions, 18 mars 2015, <http://wellroundedmama.blogspot.ca/2015/03/historical-and-traditional-birthing.html?m=1



[1] WINCKLER Martin, Travail et accouchement : révisez vos positions!, passeport santé, <http://www.passeportsante.net/fr/Communaute/Blogue/Fiche.aspx?doc=travail-et-accouchement-revisez-vos-positionsetnbsp>, consulté le 28 avril 2016.

[2] Agence de la santé publique du Canada, Ce que disent les mères : l’Enquête canadienne sur l’expérience de la maternité, Ottawa, 2009. < http://www.santepublique.gc.ca/eem >

[3] Well-Rounded Mama, Historical and Traditional Birthing Positions, 18 mars 2015, <http://wellroundedmama.blogspot.ca/2015/03/historical-and-traditional-birthing.html?m=1>