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Si je pouvais lui parler à l'anomalie cérébrale de mon fils, je lui dirais...

Posté le 21/02/2017

Si je pouvais lui parler à l'anomalie cérébrale de mon fils, je lui dirais...

Non, je ne t'aime pas!

Je ne t'aime pas, j'apprends à te tolérer. Je dois accepter de te côtoyer, j'y suis contrainte. Chaque jour, je dois te voir quand je regarde mon bébé dans les yeux. Je ne peux t'atteindre ni t'éloigner. Je dois me faire à l'idée que tu a plus d'emprise et d'impact sur la vie de mon fils que je n'en aurai jamais. Tu as volé mon nouveau-né parfait, celui-là même qui tétait vigoureusement et qui devait grandir et devenir fort, celui qui devait suivre sa grande sœur partout et vider nos armoires. Tu as gâché sa vie et la nôtre. Tu m'as brisé le cœur, tu nous torture et nous tourmente... Tu imposes tes conditions inacceptables, tu nous maintiens dans l'incertitude, la crainte, l'inconnu et la peur. Toujours nous devons nous adapter et nous réadapter, sans répit, nous poser cents questions, douter, espérer, lâcher prise, faire des deuils. La moindre accalmie génère une grande joie mais très vite, trop vite, tu nous enlèves cette joie pour nous replonger dans le noir d'où il est si pénible de sortir, sans même savoir si cette fois, on pourra s'en sortir! Une joie est suivie de milles douleurs, tu t'acharnes, c'est injuste et nous ne comprenons pas.

C'est douloureux de penser à ce que serait notre vie si tu n'étais pas là. Tu fais partie de lui mais il serait mieux sans toi. Tu l'as fait prisonnier, tu lui impose des limites qu'il ne pourra jamais dépasser. Je ferais n'importe quoi pour lui donner une autre vie sans toi. Tu nous donnes des leçons d'humilité et nous rends plus forts mais ces leçons, on ne les demande pas. Cette force, je l'échangerais bien volontiers contre un peu de paix, contre une seule randonnée en montagne avec lui. Sans toi, il aurait déjà des amis, un vélo et ses exploits! Tu l'étouffes. Je ne comprends pas ta raison d'être. Tu es une anomalie trop handicapante et lourde pour même permettre l'espoir. Je voudrais au moins que tu le laisses mon bébé un peu tranquille, que tu cesses de générer d'autres problèmes, que tu le laisses grandir et sourire, que tu cesses de menacer son souffle de vie... Tu as déjà causer pas mal de tort. Une vie si fragile et courte doit-elle en plus être continuellement menacée? Permets nous au moins d'oublier que la mort viendra trop vite me reprendre mon bébé.

Peut-être a t-il choisi de s'incarner ainsi limité pour nous apprendre des choses utiles et nous faire évoluer spirituellement... Si au moins le but visé ou l'enseignement était clair! Un jour entre deux vies je pourrai peut-être saisir pourquoi... Pourquoi tu devais être là? Je pourrai peut-être communier sans entrave avec ton âme mon fils . Je me languis de ce jour au moins autant que je le crains. Je l'aime et il m'aime clairement ce petit homme si fragile. Tu n'as aucune prise sur sa grande âme, tu n'as de portée que sur le corps et le mental.... mais c'est déjà beaucoup trop!

Chaque jour, je plonge mon regard dans le sien pour ressentir toute la force et la conscience de son âme. Tu es toujours là avec ton lot important de limites mais son regard ne connaît pas la peur ni le doute. Il n'est que pur amour. Sans dire un seul mot, il me demande de rester près mais de regarder au loin, d'avoir confiance, de m'ouvrir, de grandir, d'abandonner mes résistances. Il me rappelle que tout ce qui arrive me pousse sur un chemin de croissance que je n'aurais pas foulé dans des circonstances de vie différentes. Il me rends mon étreinte, il m'apaise, il est calme, il me fait confiance... Il sait qu'en fait, tout va bien, que la vie suit son cours. Il fait confiance, il indique la voix. Il chemine... il vit et il aime. Il m'enseigne et me pousse dans une direction où je ne serais jamais allée de plein gré. L'avoir dans ma vie est une grande richesse même si pour pouvoir l'aimer je dois composer avec toi! Je ne sais certes pas qui il serait sans toi. Je ne sais pas non plus qui je serais sans lui. Certains jours, je t'en veux moins d'être là, ai-je vraiment le choix? Je doute de ne jamais t'accepter complètement. Mon fils, je le sens heureux. Il ne souffre ni dans son corps ni du regard des autres. J'ai même souvent l'impression qu'il est fier du chemin parcouru, qu'il applaudit chaque pas comme un accomplissement de l'âme. Il est grand ce petit et je l'aimerai toute sa vie... mais toi, non, je ne t'aime pas!

 

Marie-Josée Simard